Est-ce que je suis crédible ?

Cette question ne devrait pas avoir à se poser. Malheureusement, elle est le quotidien de nombreuses personnes transidentitaires, particulièrement pendant la période de questionnement et en début de transition.

En effet, le but d’une personne transgenre n’est pas de tromper qui que ce soit. Au contraire, il est d’être perçue de la manière dont on se ressent, de posséder une image sociale conforme au ressenti intime, à l’identité. Ainsi, une personne possédant des organes génitaux masculins et s’identifiant comme appartenant au genre féminin ressent à plus forte raison le besoin d’être reconnue socialement comme en faisant partie. Or, pour cela, il ne faut bien souvent souffrir d’aucune ambiguïté.

L’ambiguïté mène bien souvent à des problèmes ; qu’elle soit arborée par une personne transgenre ou non, d’ailleurs. Une femme possédant une mâchoire carrée,  un menton trop prononcé, un nez trop vif ; un homme trop frêle, à la voix trop aiguë, aux traits trop fins, sont autant d’exemples de personnes qui ne seront pas respectées, quelle que soit la réalité de leurs organes génitaux de naissance. Cette réalité n’est pas uniquement liée au physique des individus, et possède son pendant social et comportemental.

C’est, pour simplifier, cette réalité que l’on nomme le genre. Il y a le genre féminin et le genre masculin. Ce sont des modèles sociaux, bâtis autour de stéréotypes caricaturaux, dans lesquels les individus sont assignés selon les organes génitaux à la naissance. Le mot fait peur et certains partis politiques s’emparent de la question pour dénoncer ce qu’ils appellent une théorie, mais le genre existe bel et bien en tant que concept, qu’outil sociologique pour comprendre les interactions entre individus au regard de la manière dont ils sont considérés : dans notre société, on désigne ainsi les individus comme étant homme ou femme.

Ainsi, si je sors dans la rue avec une barbe de trois jours, sans maquillage, les cheveux longs ramenés en queue de cheval, tout en portant une jupe courte et un débardeur, j’aurai l’air bizarre. Dans le meilleur des cas, on m’ignorera. À plus forte raison, on m’appellera « monsieur » en insistant sur l’appellation pour me faire comprendre que je suis bizarre, que je dérange dans mon comportement et dans ma façon de briser les normes, tout en considérant que j’ai perdu la raison. Dans le pire des cas, on voudra corriger mon comportement, de la manière la plus détestable qui puisse être, et sur laquelle je ne m’appesantirai pas pour ne pas faire de publicité aux comportements les plus abominables. Sachez simplement que les insultes sont bien les moindres des risques que prennent les personnes qui seraient identifiées dans la rue comme transgressant les règles de la binarité du genre.

Il n’est, en réalité, même pas besoin de jouer la carte de la provocation pour déclencher de tels comportements. La personne transgenre est confrontée, au moment de sortir, d’affronter le monde extérieur, à un choix qui peut être cornélien selon les mentalités. Elle peut absolument tout faire pour « passer », c’est à dire pour être identifiée sans aucun doute possible comme appartenant au genre d’élection ; en ce cas, elle pourra connaître la paix, aussi bien sociale qu’intérieure, et même le bonheur. La personne ainsi correctement identifiée, en accord avec son ressenti intérieur, pourra se sentir apaisée et épanouie. D’un autre côté, il est autant de façons d’être femme que de femmes effectivement ; et il est autant de façons d’être homme qu’il y a d’hommes. De ce fait, il devrait tout à fait être possible de se présenter socialement en tant que femme tout en possédant pilosité, traits anguleux et pomme d’Adam ; en tant qu’homme avec une poitrine, un visage arrondi, des hanches. Mais la rupture du genre est un geste militant, et en tant que tel, il impose un combat, une vigilance, une volonté de lutter, de tenir la confrontation, de conserver la motivation.

Or… tout le monde ne désire pas se battre, ou pas tout le temps.

Dans un monde idéal, le genre serait choisi librement, et les personnes seraient socialement associées à celui auquel elles se rattachent de façon la plus évidente ; les personnes y étant confrontées s’excuseraient simplement poliment après avoir fait une erreur d’accord, et l’on n’y prêterait pas vraiment cas. Dans un monde idéal, il n’y aurait pas simplement deux genres, mais une infinité, chacun et chacune portant ce qui lui plait et se comportant simplement de la manière dont il ou elle le souhaite, conformément à son ressenti intime, à son être. Dans un monde idéal, l’on ne se définirait ni comme homosexuel, ni comme hétérosexuel, car ces termes sont bien trop réducteurs : un homosexuel n’aime pas toutes les personnes de son genre, un hétérosexuel n’aime pas toutes les personnes du genre opposé. Toutes les personnes sexuées sont susceptibles, avant tout, d’être attirées par des individus, leurs attributs génitaux faisant partie de l’équation du désir mais n’en étant même pas forcément une composante primordiale (il n’y a qu’à constater l’importante proportion d’hommes mâles, hétérosexuels, et qui peuvent être attirés par des femmes transgenre).

Des individus, mâles et femelles, devraient pouvoir vivre au choix en tant qu’hommes ou que femmes, et passer leur vie avec un homme ou une femme, que cette personne soit à son tour mâle ou femelle. La fertilité de l’union n’a que l’importance que l’on veut bien lui accorder, d’autant que rien ne dit, dans l’équation, que les deux personnes du couple sont compatibles afin de donner naissance à un enfant, ou même fertiles de manière individuelle. Et sur le bonheur de deux individus parfaitement consentants, qui aurait quelque légitimité que ce soit pour s’exprimer ?

Nous ne sommes évidemment pas dans un monde idéal. Dans le nôtre, vivre sa différence en affichant son bonheur, sans tenir compte du mépris d’autrui, est un acte militant. Peut-être, par l’exemple et par la joie, pourrons-nous convaincre que nos vies sont tout aussi précieuses que celles de tout un chacun, et que nos parcours, orientations et identités se doivent d’être respectés. L’humanité, c’est aussi le respect de la différence, et son acceptation sur un pied d’égalité.

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