Les hormones, c’est remboursé ?

Oui et non. Comme souvent, il y a un décalage entre la théorie et la pratique.

 

Avant 2010 en France,  la sécurité sociale considérait la transidentité comme une maladie mentale, et à ce titre, remboursait les consultations médicales, traitements hormonaux et interventions chirurgicales liées au prétendu trouble. Il fallait pour cela, notamment, qu’un médecin psychiatre puisse attester de la pathologie de la personne trans, fournissant à cette fin un certificat. Sitôt l’ALD (Affection Longue Durée) enregistrée auprès de la sécurité sociale, quasiment tout était remboursé.

Le bémol, c’était que pour avoir l’attestation psychiatrique, il fallait bien souvent passer par des médecins de la SoFECT. La SoFECT (Société Française d’Etudes et de prise en Charge du Transsexualisme), c’est cette association de praticiens qui considère la transidentité comme étant une maladie, que nous n’avons pas à disposer de nos corps car nous n’en sommes pas responsables ; qui pense savoir mieux que nous comment nous devons vivre et ce que nous désirons réellement. Pour rentrer dans leurs cases et pouvoir profiter de leurs services, il faut être hétéro dans le genre d’arrivée et correspondre à 100% aux stéréotypes de celui-ci, il faut souvent supporter que l’on nous désigne par le genre de départ tout le long du protocole, il faut prétendre que l’on désire à tout prix les chirurgies les plus lourdes. J’ai, par ailleurs, entendu plusieurs fois des témoignages de personnes trans qui sont restées dépendantes de psychiatres estampillés SoFECT pendant plusieurs mois (parfois des années entières !) avant d’obtenir la fameuse attestation ; certains médecins essayaient même de révolutionner la science et de « guérir » (!) la personne suivie.

Passer par des médecins tiers était déjà possible, mais plus compliqué en théorie, étant donné que la plupart d’entre eux ne sont pas renseignés sur le sujet et auront tendance à rediriger vers la SoFECT (ce qui semble aller sous le sens : c’est la seule référence qu’ils ont à leur disposition devant un cas qu’ils ne connaissent pas).

 

 

En 2010, la transidentité a été déclassée des maladies mentales dans les ALD de l’assurance maladie. Pour autant, elle demeure une ALD « hors-liste », fournissant en théorie les mêmes remboursements et prestations qu’avant le déclassement. Il s’agit d’une modification qui semble anodine, esthétique, un simple point de vocabulaire… mais pourtant d’importance : dans la théorie, cela signifie que le psychiatre n’est plus un point d’entrée obligatoire pour accéder aux remboursements des consultations, traitements et interventions ; et donc, que l’on peut bien plus aisément se passer de la SoFECT ou du moins d’une psychiatrisation qui peut être aussi inutile qu’humiliante.

Pourtant, il semblerait que le message soit mal passé auprès des caisses régionales de remboursement.

Les témoignages de refus d’ALD sont nombreux. Les médecins-conseils insistent : ils veulent une attestation psychiatrique, parfois certifiant un suivi ayant duré deux années entières ! La plupart des personnes trans que je connais et qui ont demandé une prise en charge en 2015 ne l’ont pas obtenue, sont bloquées par cette étape, pourtant caduque dans la théorie. Dans mon cas particuliers, on me demande même des bilans supplémentaires : endocrinien et chirurgical. Le bilan endocrinien, je visualise un peu, et même s’il semble avoir un vague sens, je ne comprends pas vraiment la justification ; ils ont peur que je trafique mes hormones avec les retraitées du quartier ? En revanche, je ne sais même pas ce qu’ils entendent par bilan chirurgical… qu’est-ce qu’ils veulent, une autopsie ? Mauvaise foi mise à part, je sais ce que les médecins-conseils veulent : que je passe par le chemin balisé qu’ils connaissent, que je sois certifiée et suivie par les médecins de la SoFECT (l’exigence de chirurgie est d’ailleurs assez parlante). Mais cela n’a légalement rien d’obligatoire et je n’ai pas envie de tomber dans leurs griffes.

 

Du coup, on peut se demander combien ça coûte. Parlons chiffres.

Bien entendu, comme souvent, ça dépend des gens. Toutes les personnes trans ne prennent pas le même traitement, même lorsqu’il s’agit de parcours qui pourraient sembler similaires (toutes les femmes trans ne prennent pas le même traitement, tous les mecs trans ne prennent pas le même traitement). En outre, les interventions chirurgicales et consultations auprès de praticiens dépendent totalement des besoins de la personne concernée en termes d’appropriation de son corps.

Les consultations chez l’endocrinologue, c’est des consultations chez un médecin spécialiste, c’est un peu cher, on chiffre vers les 60 euros par séance. Le coût est équivalent pour les psys (il peut y en avoir besoin, il n’y a pas lieu de rendre ça obligatoire mais le parcours étant compliqué un suivi peut-être utile tout de même si la personne le ressent comme utile). Des consultations chez un orthophoniste et/ou un phoniatre peuvent également être sollicitées, ajoutant au coût. Toutes les consultations conventionnées sont remboursées par l’assurance maladie, à l’exclusion des dépassements d’honoraires (très fréquents, si ce n’est systématiques).

Le traitement hormonal coûte quelques dizaines d’euros par mois. Pour notre foyer, nous payons un peu plus de cinquante euros par mois. De mon côté, j’ai besoin d’estradiol (en gel cutané) et d’inhibiteurs de testostérone (des comprimés sécables). De son côté, il lui faut ses ampoules de testostérone (deux par mois) et ses seringues stériles pour procéder à l’injection. Part remboursée par la sécurité sociale : zéro. En effet, en tant que personnes trans nous ne rentrons pas dans les cases pour lesquelles les médicaments sont mis sur le marché : nos médicaments sont donc prescrits « Hors-AMM », ce qui exclut tout remboursement en l’absence d’ALD.

Les interventions chirurgicales coûtent de plusieurs centaines d’euros pour les plus légères (rabotage de la pomme d’Adam), à plusieurs milliers d’euros pour les plus lourdes. Pour des mastectomies, on va aux alentours des 1000 à 4000 euros selon le praticien. Une vaginoplastie bien faite, en Thaïlande, chiffre vers les 15000 euros au total. Ce sont de simples exemples qui n’ont que vocation à donner un ordre de grandeur. Elles ne sont pas remboursées sans ALD. Du tout. Zéro. Elles peuvent pourtant être vitales pour des personnes pour lesquelles certains traits physiques sont devenues insupportables (quelle qu’en soit la raison).

 

Quand on ajoute à cela les discriminations vécues en tant que personne trans, les difficultés sociales rencontrées lors des études, dans le milieu professionnel, et même dans le cadre de la recherche d’un emploi… On comprend bien vite que nombre d’entre nous sont en situation précaire. Peut-on espérer qu’avec le temps, les caisses d’assurance maladie finiront par respecter la loi ? Pour mon asthme, je n’ai pas besoin d’attestation de suivi psychiatrique (je ne pense pas même qu’il y ait besoin de voir un pneumologue ?), je ne vois pas pourquoi je devrais en avoir besoin pour ma transidentité.

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2 commentaires

  1. Je me rends compte que si tu as certaines « chances » (je pense principalement à ton androgynie naturelle), ça doit vraiment être dur pour toi sans l’ALD… Un conseil, viens à Clermont ! J’ai eu mon ALD sur simple demande de mon médecin traitant, pour absolument tout. Je dois voyager un peu pour trouver des médecins, mais au moins tout est pris en charge 😉
    (je plaisante évidemment, je me doute que déménager pour ça n’est pas dans tes plans ^^’)

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