La transition, c’est pas un peu… sexiste ?

Je vois souvent apparaître ce type de questionnement autour du parcours d’une personne transgenre. On me parle régulièrement du fait que les personnes transgenres en feraient « trop ». Les femmes transgenres se maquilleraient à outrance, se parant de nombreux bijoux et accessoires vestimentaires les menant alors plus loin dans l’expression féminine que les femmes cisgenres. Quant aux hommes transgenres, ils cultiveraient selon cette optique une image de virilité exagérée, de la même façon, tâchant de se muscler plus que de raison, arborant des tatouages, et se laissant forcément pousser la barbe.

On pourrait alors se demander si tout cela ne serait pas un peu sexiste, quand même : on n’a pas besoin de porter des talons de 12cm pour être une femme, et le fait d’ainsi « exagérer » son expression lors de sa transition ne serait rien d’autre qu’un renforcement des stéréotypes de genre. En d’autres termes, si pour devenir homme ou femme, tu dois surjouer tous les clichés, c’est que l’approche est sacrément superficielle.

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Les femmes transgenres seraient donc particulièrement sexistes ?

Ce raisonnement semble avoir une bonne cohérence, mais il oublie plusieurs points.

Le premier, le plus important, suffit à tout balayer : une personne transgenre n’est pas une personne qui veut devenir d’un genre en particulier. C’est une personne dont le genre lui est dénié depuis sa plus tendre enfance et qui décide un jour de ne plus se laisser faire. En conséquence, il ne s’agit pas de surjouer le genre : il s’agit de l’exprimer. Il peut, dans cette optique, se trouver le besoin de « rattraper le temps perdu » (même si je n’aime pas beaucoup cette expression) et de se permettre enfin ce qui était autrefois strictement interdit ; quand on brise une loi, autant y aller un bon coup, bien franchement. Partant de ce principe, l’on peut constater que c’est le fait de juger l’habillement et l’expression d’une personne transgenre qui contribue en réalité au renforcement du patriarcat : encore une fois, on critique tout ce qui sort un peu trop des clous, d’une vision bien classique, binaire, culturellement ancrée de ce qui est admis.

Ne pas laisser d’ambiguïté quant au genre exprimé peut également répondre à un fort besoin, très concret : car lorsque l’on parle de genre, toute ambiguïté mène malheureusement à des violences bien réelles, bien concrètes. En cela, un traitement hormonal ou une apparence physique correspondant bien aux attendus liés au genre d’élection permettent clairement d’être (et de se sentir) plus libre à ce sujet. En d’autres termes, la possibilité de ne pas insister sur son expression de genre est en soi un avantage, car dans tous les cas de figure, cela permet de moins subir de jugements. Par ailleurs, le sexisme prend son sens politique dans l’application de rôles et l’émission d’injonctions que l’on délivre à autrui.  Une personne doit donc pouvoir décider pour elle-même, sans que cela n’ait d’autre message qu’un appel au bien-être, au-delà de toute revendication politique.

L’on remarquera, au passage, que la critique est bien plus souvent faite au sujet des femmes transgenres que vis-à-vis des hommes transgenres ou des personnes non-binaires. À mon sens, deux phénomènes l’expliquent, même s’ils sont en grande partie liés l’un à l’autre. Le premier, c’est l’hyper-visibilité des femmes transgenres en début de traitement (ou n’ayant pas fait le choix d’un traitement hormonal) par rapport au reste de la communauté : les femmes et hommes transgenres ayant une apparence tout à fait conforme à l’attendu social sont invisibles ; les hommes transgenres n’ayant pas fait le choix (ou étant en début) d’un traitement hormonal sont souvent identifiés comme étant des femmes lesbiennes ou simplement masculines ; les personnes non-binaires sortent de ces attendus et décrivent bien souvent des parcours sortant de l’acceptation classique du genre, ce qui exclut dans ces cas la possibilité de donner l’impression de « surjouer » un genre préexistant. Le second phénomène, c’est la misogynie ambiante, poussant à dénigrer jusqu’aux symboles de féminité, les considérant dégradants et superficiels, jusqu’à en déduire que toute personne les arborant doit assumer en quelque façon sa part de ridicule.

En conséquence, la transition n’est pas sexiste. En revanche, le considérer l’est.

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3 commentaires

  1. Hello d’abord super article que je trouve tout a fait bienvenue ^^ et par ailleurs je demande en tant que non-binaire, la logique de cette article s’applique bien aussi au non-binaire transféminine ?

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