3 ans

3 ans de THS (traitement hormonal de substitution).

J’ai arrêté de compter les jours il y a un moment déjà, mais la date je ne l’oublierai jamais. Je n’oublierai jamais l’euphorie de genre ; le bonheur de se découvrir soi, de se vivre, l’impatience de voir son corps évoluer, de se sentir enfin belle devant le miroir.

La première année, j’ai pris mon traitement à heure fixe en croyant que c’était important. La seconde, j’oubliais parfois de le prendre (ou je voulais pouvoir l’oublier ?) et le prenais à une heure aléatoire. La troisième, je n’y pense plus, je le prends avant de me coucher.

L’euphorie s’est estompée, le quotidien s’adapte et la banalité n’a de cesse d’accaparer tout ce qu’elle croise. Les dates, néanmoins, permettent de se souvenir. Oui, il y a quatre ans encore, j’étais malheureuse, prisonnière (pas de mon corps, d’une apparence ou plutôt même du regard que m’accordaient les autres et que je m’infligeais à moi-même).

J’étais sans espoir. Je n’étais pas désespérée, non, car cela aurait impliqué que j’eus autrefois de l’espoir et que j’aurais un jour cessé d’espérer ; or, non, de cette situation, je ne savais même pas que je pouvais en sortir.

Persuadée d’être une anomalie, j’étais terrifiée et envahie par la honte.

J’essaie aujourd’hui d’être celle dont j’aurais eu besoin quand j’étais en souffrance.
La pédagogie que je déploie, elle peut servir aux personnes cisgenres, elle peut permettre de nous comprendre ; mais en réalité, elle se destine à mes sœurs (et frères) qui se taisent encore.

Je l’affirme encore parce que c’est important : nous pouvons vivre, nous pouvons goûter au bonheur, nous pouvons cesser de (nous) mentir, affronter le monde avec authenticité.
Le monde sera ce que nous en ferons ; je ne souhaite pas laisser les autres le construire sans nous !

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Mon amie Gabrielle : disponible !

Le livre de Cordélia, « Mon amie Gabrielle », est enfin sorti, et je l’ai reçu. 🙂


L’occasion, donc, d’une petite photo et d’un rappel des liens utiles pour se le procurer !

Début de préface Mon amie Gabrielle

Le début de la préface de « Mon amie Gabrielle »

Vous pouvez y trouver ma préface (dont je partage le début sur la photo jointe), ainsi que les illustrations par Monsieur Q ; mais ce n’est que l’habillage d’une histoire très touchante, très belle (j’ai pleuré à la fin). Pour les détails, j’en avais déjà un peu parlé ici.


Bref, je ne peux que vous encourager à vous procurer ce livre, que ce soit en version physique ou dématérialisée, et pour ça, une seule adresse : http://mademoisellecordelia.fr/acheter-roman-amie-gabrielle/

2 ans de traitement hormonal : l’occasion d’un bilan

Je ne savais même pas si je devais écrire un billet pour l’occasion. Pour le premier anniversaire, c’était évident. Pour le second, moins. Est-ce que je célébrerai le troisième, le quatrième ? Est-ce que ça va vraiment devenir une date importante dans ma vie ? La page ne mérite-t-elle pas d’être tournée ?

J’avais esquissée une première réponse en m’interrogeant sur l’éventuelle fin d’une transition… lequel concept mériterait d’ailleurs un autre billet pour décortiquer un peu à quel point il a tendance à focaliser toute l’attention alors qu’il n’est que l’émanation directe d’une transphobie globale ; en d’autres termes, son existence-même est révélatrice de l’hostilité que la société nous renvoie. Je détaillerai dans un article ultérieur.

On pourrait d’ailleurs aussi se questionner de nouveau sur la pertinence du début de traitement hormonal comme marqueur fort. Ma transition sociale avait déjà commencé depuis plusieurs mois, il y a deux ans. Il y a eu d’autres jalons, d’autres moments forts. C’est probablement le plus important d’entre eux pour moi, et dans un parcours visant pour objectif le bien-être, il semble que la subjectivité puisse trouver sa place.

Je me suis dit que c’était toujours intéressant de faire le point, en fait. Alors allons-y !

Cadres

Je sais que mon corps continue à évoluer suite aux effets du traitement. Cela m’apporte du bien-être, mais j’avoue ne plus trop faire attention aux changements physiques. Je pense que mes amis doivent bien mieux les remarquer que moi. Dès lors que mon apparence me permettait déjà d’être considérée sans hésitations telle que je suis, cela me suffisait ; ensuite, certes, le reste n’est forcément que gain au moral et encouragements. C’est toujours plaisant de pouvoir apprécier son reflet dans le miroir, surtout quand les constats ne sont pas liés qu’aux traits de visage mais aussi aux formes que le corps développe, peu à peu. La silhouette se féminise (d’après des standards, évidemment, toujours), et je ne peux pas nier que cela m’enchante.

Comme je le disais il y a un an, c’est surtout avec le monde administratif que je rencontre désormais des problèmes. La situation n’a néanmoins pas évolué de façon notable. J’ai une nouvelle carte de bus, avec la bonne photo et le bon prénom, mais rien d’autre ne peut être vraiment ajouté à cette très courte liste des changements dont j’ai pu profiter cette année. Je devais être témoin d’un mariage, mais cela imposait à mon état civil d’être prononcé à haute voix devant tous les invités, ce qui n’était pas acceptable ; une dérogation a été demandée par les mariés au procureur, mais ce dernier n’a pas répondu. J’ai vraiment hâte de pouvoir faire changer au moins mes prénoms.

Ce qui est tout de même compliqué à gérer, régulièrement, c’est les violences verbales passives, qui sont très fréquentes ; tous les propos qui nient qui je suis, sans même trop y penser. Les amis bien intentionnés qui parlent de contraception masculine comme si les organes génitaux avaient un genre, alors qu’ils me connaissent pourtant ; ou du sexe d’un enfant à naître, comme s’il s’agissait d’une question fondamentale, entretenant l’idée que les personnes cisgenres seraient une norme jusqu’à preuve du contraire ; ou bien encore des règles comme étant constitutif de ce qu’est « être une femme ». Parfois j’ai aussi l’impression que certaines personnes cisgenres ne me parlent que du sujet de la transidentité, et c’est un peu pénible parce que j’ai l’impression que pour ces personnes, je n’existe que sur cette dimension, je ne suis qu’une personne transgenre et rien d’autre. Et puis il y a les blagues récurrentes et omniprésentes dans les médias et les festivals, se riant des travestis ou des femmes transgenres (sans que la différence ne soit toujours très très claire d’ailleurs), les hommes qui se déguisent en fille avec des robes roses à paillettes parce qu’ils trouvent ça vraiment trop drôle et ridicule, les ressorts comiques qui insinueraient que je serais une fraude ou une anomalie.

Et puis maintenant, il y a aussi des violences verbales actives et récurrentes, du harcèlement sur Internet provenant de communautés en ligne particulièrement réactionnaires… mais je pense avoir appris à lutter et à ne pas me laisse faire, sans que cela ne m’impacte spécialement. Ils perdent surtout leur temps, et si cela peut permettre à d’autres personnes transgenres de ne pas être touchées par la foudre, je veux bien servir de paratonnerre.

Les agressions de rue sont beaucoup plus rares qu’en début de transition (et qu’avant de commencer le traitement, surtout), mais elles arrivent toujours, et sont psychologiquement toujours aussi impactantes. Il ne s’agit pas toujours de transphobie, d’ailleurs, parfois « simplement » d’agressions sexistes. Pour survivre sans céder à la psychose, j’ai tendance à cesser de penser au risque – sinon, je risque de rester cloîtrée chez moi – et à prendre tout de même, par réflexes conditionnés j’imagine, les précautions qui s’imposent. En fait, ce n’est pas moi, qui suis la plus crispée au sujet des agressions : c’est mon copain, qui est complètement terrifié. Et je le comprends, même si j’essaie, évidemment, de le rassurer, régulièrement. Il a bien vu que les rues n’étaient pas sûres pour moi, et je ne peux que l’admettre. Je ne lui en veux pas de vouloir que je lui donne régulièrement des nouvelles par SMS, d’insister pour que je sois raccompagnée en voiture, bref, de s’inquiéter.

En fait, pour tout dire, je m’en veux de lui occasionner tant de soucis ; d’un autre côté, je ne souhaite pas non plus m’enfermer, et je sais aussi que ce n’est pas ce qu’il souhaite. J’aimerais que tout soit plus simple.

Que dire d’autre ? Je m’engage dans des associations, je chronique pour un podcast (Ludologies… tiens d’ailleurs je n’ai pas écrit de billet dessus, à part quand j’avais été invitée), je suis toujours très occupée, tant et si bien que je peine à participer à un challenge d’écriture, alors qu’écrire, j’aime effectivement ça. D’ailleurs, en parlant d’écriture, et j’en ai déjà parlé ici, je participe à des projets d’édition, toujours en tant que collaboratrice ; d’un côté, deux articles pour un ouvrage collectif ; d’un autre, une préface pour un roman. L’avantage, c’est que pour une fois, ce sont des travaux rémunérés. C’est certes bon pour le compte en banque, mais aussi pour l’estime. Cela fait du bien.

J’arrive à remettre un pied dans le monde du jeu de rôles, et je consacre un peu plus de temps à jouer aux jeux vidéo. J’intensifie ma pratique de l’escrime, je pense régulièrement à des idées de costumes en vue de représentations ; je pense que ça me fait du bien, ça aussi ; cela me permet de penser à autre chose. Et puis, ce sont mes passions, c’est ce qui me fait toujours vibrer. Dans l’idéal, j’aimerais pouvoir publier sur ces sujets, me professionnaliser un peu, pourquoi pas ? L’un de mes scénarios les plus appréciés est en cours de finalisation dans sa rédaction, j’espère bien étudier les moyens d’en produire une version imprimée, et de la proposer.

« Mener une transition » n’est pas une fin en soi ; il s’agit de vivre sa vie. Les contraintes structurelles sont si nombreuses qu’on en risque, malheureusement, de perdre de vue l’objectif.

Quand j’y pense, j’ai des projets plein la tête. Reste à concrétiser.

Passage sur Radio Laser dans l’émission Gisquettes’ Talks

J’ai été invitée par l’association Gisquettes Attack à participer à leur émission, Gisquettes’ Talks, sur Radio Laser. C’était du direct, ça a duré 1h30, et c’était vraiment chouette !

Radio Laser

Cliquez sur l’image pour accéder au podcast

 

L’émission a duré 1h30 et s’est déroulée dans les meilleures conditions. Nous avons parlé des notions de genre, de transidentité, et également de l’actualité du CGLBT de Rennes, dans lequel je suis bénévole.

L’émission a été enregistrée, et le podcast est accessible en cliquant ici.

Je vous souhaite bonne écoute, et à bientôt !

Une discrimination, c’est quoi ?

Pour pouvoir parler de discrimination, il faut d’abord introduire la notion de norme.

Une norme est une règle culturelle, explicite ou implicite, définissant ce qui est considéré comme habituel et attendu dans une société. Il s’agit de quelque chose de très contextuel à une région et à une époque. Ainsi, la France du début du XXIe siècle commence à considérer la tauromachie comme discutable mais continue de pratiquer massivement le gavage des oies, tout en s’offusquant des pèches sanglantes à la baleine au large de la Norvège.

La norme est effective à tous les niveaux de la vie des individus, régissant la façon de manger, de s’habiller, de se désigner, de désigner les autres, de leur parler (et de quel sujet), de se déplacer,  d’agir (que ce soit en société ou même lorsque l’on est seul) ; elle est véhiculée par l’entourage familial, la tradition, les médias (y compris Internet), l’école (que ce soit par l’entourage amical ou par les professeurs), la religion, mais également la loi.

En effet, le fait qu’un comportement soit explicitement légal entraîne souvent une légitimité sociale ; on l’a constaté avec les évolutions de sondage vis-à-vis du Mariage Pour Tous ; en quelques années à peine, il y a beaucoup plus de personnes en France qui soutiennent la possibilité pour des couples homosexuels de se marier, alors que la situation n’a pas pu tant évoluer en un si court intervalle (on en est à plus de 2/3 d’approbation, et ça grimpe encore).

La discrimination est la manière dont la norme corrige tout ce qu’elle n’autorise pas, tout ce qui sort de son cadre.

Discrimination

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